Martin HOLLEBECQ

Prix de la sculpture 2018 / Institut de France
 
Prix Paul Niclausse / Académie des Beaux-Arts
 

Des traces d’univers. Des tranches d’infinitude. Humanisées. Posées
là. En murailles infimes. En falaises discrètes, implacables et secrètes.

Martin Hollebecq répond par énigmes de pierre aux énigmes
de l’étendue. Il allège les masses en gardant et protégeant leur
immense et sidérante densité. Il découvre dans la clarté, bien plus
qu’il n’invente dans l’arbitraire, des formes épurées, éprouvées, et
incroyablement tendues. Insidieusement mystérieux, comme des
talismans de pierre qu’il aurait désenfouis dans la grâce, et avec tact,
des profondeurs. Avec respect, délicatesse et subtilité, il impose
sa présence propre à la présence sourde et terrible du dehors.

Martin Hollebecq introduit avec pudique maîtrise ses lignes, ses
torsions, ses stries et ses fentes. Fendu, l’univers se féminise,
s’apprivoise, et s’approche. La tâche du sculpteur est de réduire
la distance qui sépare des forces vives et brutales du grand
englobant. Dans l’univers silencieux et vide, la matière se tait.
Elle ignore l’humanité. Ca et là, jetés chaotiquement et comme par
hasard, et sans souci des humains, il y a des lignes, des torsions,
des stries et des fentes, abandonnés aux silences de l’étendue…

Martin Hollebecq intervient à vif. A chaud. Il travaille au
profond. En chirurgien sensible, amoureux du monde et des
masses, jamais il n’attaque. Il épouse, il étreint les puissances
premières. Il les installe en ses humaines demeures. On voit
ainsi, par lui, ces sidérantes concentrations d’univers, à portée
de main et de regard. Des lignes de force traversées d’étendue,
et traversant l’étendue tout entière. Et révélées, mises au
jour, comme accouchées par un démiurge. Hollebecq agit en
magicien créateur, en chaman opérateur d’espace. Il est un
passeur de formes et d’énergies. Il apprivoise et réconcilie.
Il a le sens aiguisé des limites, comme ciselées au scalpel.

Le jardin des fleurs de roche dure est le reflet assagi du
grand tout. Une île de matière a la largeur d’un bras, d’une
cuisse, ou d’un demi corps. Sensualisée à coeur, la chair
de pierre est une réponse pudique, sublime et minérale
à l’affect enfoui et douloureux des hommes. Les courbes
obscures du dehors sont les miroirs vitaux des plis du dedans.

Dans la pierre vitale, Martin Hollebecq sculpte l’intime, l’infime, et l’infini.

C h r i s t i a n N o o r b e r g e n