Juliette Lemontey

Les œuvres de Juliette Lemontey se jouent dans ce suspens.

Elles traitent de la vacance entre deux actes, laps entre deux temps, espace de vide entre deux moments pleins. Être dans l’entre-deux, c’est se tenir au bord du gouffre. Il y a ce tableau encore : Miroir des abîmes. Comme Narcisse, un personnage se penche sur l’eau, mais il découvre que son visage ne s’y reflète pas. Comment une figure effacée pourrait-elle posséder un reflet ? Il n’y a qu’un tourbillon, une nuée vertigineuse. Juliette Lemontey peint des corps saisis dans l’indistinction de l’entre-deux : relâchement, lâcher-prise, laisser-faire, fléchissement ; ou éclosion du corps soudain radieux, dépliement réflexe des membres dans l’espace ouvert. Les 36 Fillettes nous tournent le dos, tandis qu’elles regardent vers un avenir qu’elles abordent en sautillant. Et ces deux femmes, de dos aussi, qui vont vers leur destin, tenant en main cette perruque pendouillant telle une dépouille désormais sans usage : comment ce dernier tableau s’intitule-t-il ? Juliette l’a nommé L’Échappée belle. On ne saurait mieux dire.

 

Jean-Louis Roux

 
 
Partager sur facebook
Facebook