Bahram Hajou


1952 Naissance en Syrie
Diplomé de l'Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf (Allemagne)


Barham Hajou Confessions par Ileana Cornea

L’espace de l’intimité du couple est la chambre, signifiée par les fenêtres, le lit, le guéridon. Très vite, le peintre n’en a plus besoin, il tire le rideau. Le drap du lit semble lui servir de surface picturale.
Cette peinture s’inscrit dans la tradition de l’expressionnisme allemand. Mais la douceur de la touche lui est unique, rappelant la sensualité de l’Orient.


La nudité n’est pas le nu écrit l’historien anglais Kenneth Clark en retraçant l’évolution de la thématique du nu dans l’art. À la Renaissance, on le voulait plus beau que nature. Le désir, la douleur ou les autres émotions exacerbées n’avait pas le droit de contrarier l’équilibre et l’harmonie dont seul l’art pouvait lui conférer. Aujourd’hui, la beauté a changé de visage, la réalité du corps éprouvé inspire la création. Chez Barham Hajou, la nudité devient une confession : « Quant après vingt-trois ans de mariage, les digues rompent, cette dérive a besoin d’être analysée. Un écrivain écrit, un musicien compose, moi, peintre, je peins... Et c’est mon paysage intérieur que je présente » confesse Barham Hajou dans une interview.
On suit le regard du peintre se posant ci et là, sur une partie du dos ou du torse, sur un visage et des fragments de corps qui lui sont familiers. Il nous les montre avec franchise et clarté. Il couvre ses personnages avec des plages de couleurs transparents comme des tissus. Les corps devenus des images évoquent désormais de silencieuses architecture sexuée.

Énigmes écartelées

Ces nudités géantes flottent, présentent leur identité, s’accrochent, s’installent dans la solitude du signe, dans la puissante expression des forces graphiques. Parfois elles se transforment en statues. Elles prennent des attitudes énigmatiques, pliées sur elles-mêmes ou complètement écartelées elles semblent vivre dans le mystère et dans la rêverie. Le désir brûle ces corps massifs d’une force animale et s’y consume dans chaque corps séparément.

Les fluides, le chaud et le froid, les inflammations des organes sous l’effet d’une excitation, ou d’une vive émotion tachent et se répandent sur leur brune carnation. Instantanément ici, maintenant, le corps rougit ou blêmit. Les pieds se crispent, telles les griffes d’un oiseau prédateur. Les bras très longs, ils les gardent souvent écartés comme pour garder l’équilibre, ou pour s’envoler. Les mains aux doigts déployés protègent, cachent, cherchent les parties fragilisées du corps. Leurs vêtements ennoblissent leur nudité qui transparaît, érotique. Les dents expriment la colère, leurs yeux percent l’espace comme des lumières lointaines dans la nuit.

D’une œuvre à l’autre, rien que des instantanés un peu comme le souvenir qui parvient à éclairer la mémoire. L’artiste explore la distance plus ou moins grande, plus ou moins proche entre les corps. Ses fonds caressés, voilés, blancs et doux sont uniques. On dirait les draps témoins de son histoire qu’il a cloué, pour s’isoler du reste du monde.

« Je me pose autant de questions à moi-même qu’à celui qui regarde mes toiles... ce n’est pas du narcissisme, mais une manière de trouver des réponses en me regardant, en regardant ma compagne et en jetant un regard à ce qui est étranger à mon couple. Je voulais montrer le sexe sans tabou. »

"Artension" janvier - février 2013

Heureux, triste, joueur, mélancolique,
amoureux, fusionnel, étrange… Bahram Hajou
dissèque les états du couple au gré de ses
toiles. Né en 1952, cet artiste allemand
d’origine kurde syrienne mêle dans ses
peintures la tradition de l’expressionnisme
allemand à une douceur de touche qui rappelle
la sensualité de l’Orient. Sur des fonds pastels,
il campe ses personnages, les éclaire par
endroits de larges touches de couleurs vives,
flaques de luminosité, ou de morceaux de
tissus. Extrêmement poétique et subtile, son
oeuvre dégage puissance et énergie.
Comme autant de questions sans réponses,
ses tableaux racontent des histoires de
beauté et d’amour, de tendresse et
d’indifférence, de peur et de solitude, de
pardon et de compréhension, de liberté et
de dépendance. Les personnages fixent le
spectateur, dans une attitude parfois un peu
méfiante ou dubitative : qui êtes-vous ? Que
cherchez-vous ici ? Tous les aspects de la vie
du couple, ses rythmes, ses désirs affleurent
dans ces toiles dépouillées, où les
partenaires évoluent dans un décor
quasiment vide. Leurs visages, paisibles,
francs, sont profondément désarmants.
« C’est mon paysage intérieur que je
présente, explique l’artiste dans une
interview à Artension (1). Je me pose autant
de questions à moi-même qu’à celui qui
regarde mes toiles… Ce n’est pas du
narcissisme, mais une manière de trouver des
réponses en me regardant, en regardant ma
compagne et en jetant un regard à ce qui est
étranger à mon couple. » À travers ses
peintures, Bahram Hajou nous livre un
message d’humanité et de paix.




Bahram Hajou

BAHRAM´s art invites to transform the famous destination of great poetry, in that it appears as a speaking picture. BAHRAM creates such oeuvres. If you look at the past 10 years of his painting, you can not but recognize that he is obsessed by a vision. The subject of his art is the human being I his solitude. And this vision which – as he shows us – may become a picture but goes beyond language, is translated into the diction of symbols.

The continuity of the motives is impressing: the face, the body of the human being, the empty room, the inaccessible towers, the dilapidated homes. Landscape as force of nature or chimera. By the end of the 80ies, all this was already present but still domesticated by a strong mimetic element. The villages were still villages in the form of a group of homes in front of horizons. Since then, however, in particular after the predominantly informal years from 1991 until 1993, a tremendous concentration of the expression had its way.

It appears as if you could speak of a persecution by faces, of eyes looking from below to above, of masks, square, massive, threatening. Looks which never arrive and hands tying to reach the unreachable with long spread fingers. In this picture world we did not encounter the Bacon´s brutality of battered bodies; in contrast; a permanent ironic citation of civilization escorts the observer, the creatures with collar and tie.

And yet, it is a fantastic world in which heads and bodies are put side by side. A face with a piercing expression in its eyes contrasts not rarely with a featureless face. The unattainability segregates the couples. A blue face up to each other as “Duumvirat” of a reign´s allegory.

There is something unalterable in his pictures – as if the image of mankind seems to be a verdict. However, apart from this urgency liberty has also its effect being present as space and color. The image of mankind changes to a memorial of its vulnerability.

Luminosity and gloom, water, soil, gale are already present before the individuals. It appears as if they grow out of a primordial chaos, as if they were released from the force of the elements. BAHRAM is the creator of a dramatic world of painting.

Prof. Dr. Christoph Miething

Un art du rêve et de la liberté
C’est un monde parallèle peuplé d’étranges personnages...

Il n’est pas sans doute de plus grande satisfaction pour un artiste que celle d’inventer, de s’inventer, un univers. De lui donner vie, de le façonner peu à peu. Un monde à soi qui se peut modifier à tout instant, sur lequel nul n’ait prise, un monde à part. Bahram Hajou, par la poésie de son trait, par ses personnages aux yeux obstinément fixés sur le spectateur, comme pour l’inciter à venir les rejoindre, a su créer un univers identifiable au premier coup d’œil, et à nul autre pareil. Rencontre avec une peinture qui s’apparente à un monde parallèle.
Ce n’est pas seulement par sa manière propre, par l’expression d’une technique, par l’application de tons pastels que Bahram Hajou parvient à coucher sur la toile cette atmosphère étrange, comme émanant des limbes d’une conscience pétrie de fraternité. Derrière la fine couche de peinture, existe la farouche volonté de ne pas voir la peinture comme un art réaliste, mais bien comme un art du rêve et de la liberté…
Les personnages qui traversent ses tableaux, vous apercevant, semblent se méfier, restent sur leurs gardes, comme ces animaux qui ne s’approchent jamais trop près des humains, sachant sans doute trop bien ce qu’il en coûte de se frotter de près à cette espèce incontrôlable, et potentiellement dangereuse.
Il n’y a pas de peur dans ces visages allongés, juste une interrogation : qui êtes-vous ? Etes-vous ami ou ennemi ? C’est un univers idéal peut-être que celui que nous décrit ici l’artiste. Une sorte de paradis perdu où l’on ne connait pas la duplicité, ni le cynisme, ni toutes ces choses qui vous gâchent la vie et que vous portez en vous, malgré vous. C’est un peu la vision utopique d’un monde meilleur, une vue de l’esprit…
Par le truchement de tableaux en apparence légers, Bahram Hajou nous convie à plus d’humanité. Les regards désarmants de ses personnages… désarment, et vous immergent dans une peinture sans agressivité, dont le discours premier est un message de paix et de fraternité.

Ludovic Duhamel

"Miroir de l'Art" # 42
An art of dream and freedom. It is a parallel world populated by strange characters...

...There is no doubt that there is no greater satisfaction for an artist than inventing, inventing oneself, a universe. Bringing it to life, shaping it little by little. One's personal world that can be modified at any time, on which no one has a hold, a world apart. Bahram Hajou by the poetry of his stroke, his characters eyes stubbornly fixed on the viewer, as if to incite him to come and join them, was able to create a universe recognizable at first glance and like no other.

An encounter with a painting similar to a parallel world.
It is not only by his own way, through the expression of a technique, by applying pastel shades that Bahram Hajou manages to lay on the canvas this strange atmosphere, as if emanating from the limbo of an awareness steeped in fraternity. Behind the thin layer of paint, there is the fierce desire to not see the painting as a realistic art, but indeed as an art of dream and freedom...

The characters who go through his paintings, seeing you, seem to be suspicious, remain guarded, like these animals that never get too close to humans, probably knowing too well what it costs to get close to this uncontrollable and potentially dangerous species.
There is no fear in these elongated faces, only a question: who are you? Are you friend or foe? It may be an ideal world the artist describes to us here. Some sort of a lost paradise where duplicity is unknown, nor is cynicism, or all these things that spoil your life and that you carry within you, despite of you. It is a bit of a utopian vision of a better world, a view of the mind...

Through painting seemingly light, Bahram Hajou invites us to more humanity. The disarming looks of his characters... disarm, and immerse you in a painting without aggressiveness, the main discourse being a message of peace and fraternity.
Ludovic Duhamel

 

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