Martin Hollebecq


Les sculptures de l’artiste belge Martin Hollebecq, réalisées dans de la pierre bleue de Belgique, semblent se détacher les unes des autres, s’extraire d’une longue chaîne…

Ces œuvres mettent en lumière les possibilités infinies qu’offre la taille de la pierre. Brute ou polie, travail d’un seul bloc ou assemblage, la sculpture est à chaque fois l’occasion pour l’artiste de lier des volumes géométriques et une matière spécifique.


Martin Hollebecq
ses demeures d’univers
Des traces d’univers. Des tranches d’infinitude. Humanisées. Posées là. En murailles infimes. En falaises discrètes, implacables et secrètes.
Martin Hollebecq répond par énigmes de pierre aux énigmes de l’étendue. Il allège les masses en gardant et protégeant leur immense et sidérante densité. Il découvre dans la clarté, bien plus qu’il n’invente dans l’arbitraire, des formes épurées, éprouvées, et incroyablement tendues. Insidieusement mystérieux, comme des talismans de pierre qu’il aurait désenfouis dans la grâce, et avec tact, des profondeurs. Avec respect, délicatesse et subtilité, il impose sa présence propre à la présence sourde et terrible du dehors.
Martin Hollebecq introduit avec pudique maîtrise ses lignes, ses torsions, ses stries et ses fentes. Fendu, l’univers se féminise, s’apprivoise, et s’approche. La tâche du sculpteur est de réduire la distance qui sépare des forces vives et brutales du grand englobant. Dans l’univers silencieux et vide, la matière se tait. Elle ignore l’humanité. Ca et là, jetés chaotiquement et comme par hasard, et sans souci des humains, il y a des lignes, des torsions, des stries et des fentes, abandonnés aux silences de l’étendue…
Martin Hollebecq intervient à vif. A chaud. Il travaille au profond. En chirurgien sensible, amoureux du monde et des masses, jamais il n’attaque. Il épouse, il étreint les puissances premières. Il les installe en ses humaines demeures. On voit ainsi, par lui, ces sidérantes concentrations d’univers, à portée de main et de regard. Des lignes de force traversées d’étendue, et traversant l’étendue tout entière. Et révélées, mises au jour, comme accouchées par un démiurge. Hollebecq agit en magicien créateur, en chaman opérateur d’espace. Il est un passeur de formes et d’énergies. Il apprivoise et réconcilie. Il a le sens aiguisé des limites, comme ciselées au scalpel.
Le jardin des fleurs de roche dure est le reflet assagi du grand tout. Une île de matière a la largeur d’un bras, d’une cuisse, ou d’un demi corps. Sensualisée à cœur, la chair de pierre est une réponse pudique, sublime et minérale à l’affect enfoui et douloureux des hommes. Les courbes obscures du dehors sont les miroirs vitaux des plis du dedans.
Dans la pierre vitale, Martin Hollebecq sculpte l’intime, l’infime, et l’infini.
Christian Noorbergen

photographe Pascal de Lattre

 

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