Marion Tivital


Marion Tivital
ou les envoûtements de l’étendue

Dans sa création enchantée, dans les paysages d’une modernité habitable, Marion Tivital fait respirer l’indicible étendue. A coups de fabuleux vertiges d’espace. A coups retenus de formes adoucies, et de chromatique assourdie et délicate. A coups de mystères latents et d’insaisissables surgissements. On voit au loin, au bord des brumes et de l’horizon, des blocs d’architecture industrielle, déserts et désertés. Rien ne se passe plus. Tout est passé au-dedans. Tous les dehors aigus du monde ont disparu. Profondeur enfoncée dans la profondeur.... L’univers subtil de Marion Tivital prend sa source dans les envoûtements souterrains du dedans, et dans l’ivresse éternisée de l’immobilité.
Dans cet insondable infini, les bâtisses de la modernité font demeure innombrable. Apprivoisées, elles ont franchi le cap de l’horreur et de la monstration, elles offrent leur abandon... De la hutte archaïque à l’implacable silo, infinies sont les métamorphoses en pays-peinture. En arrière-fond, la trame secrète d’un drame enfoui dans l’armonie piégée d’une œuvre énigmatique, étrange et décalée. Dans les univers effondrés du déjà vécu, l’humanité n’apparaît plus qu’en signes délaissés. Dans ces tombeaux d’espace ultime, les bâtiments d’industrie ont appris à vivre seuls. La terre a perdu l’homme…
Marion Tivital ignore la violence pulsionnelle, gestuelle et chromatique, qui répond durement aux surfaces fabriquées des écrans contemporains. Elle ose la sensibilité la plus vive et la plus rare. Elle laisse sourdre les mesures exactes d’un monde fusionné de nature et d’industrie qui n’existe pas, qui n’a jamais existé et qui n’existera jamais. Enigme de l’étendue qui s’étend sans limite. Tout est là, et en même temps, tout a eu lieu. Fusion de l’espace et du temps, de la peinture et de l’affect intime. Le temps des étendues envoûtées de Marion Tivital est un temps d’oubli, suspendu, sans pesanteur et hors durée. Empreintes-étreintes du temps.
Marion Tivital voile de souterraine mélancolie les affres de la réalité, les blessures des apparences et les masses cruelles des industrieuses architectures. La brutalité colorée, comme le sang, s’est retirée. Dans l’effacement des plaies mondaines, elle enregistre une lente gestation d’univers, une possible espérance.
On dirait la matière noyée dans la durée, sublime mémoire d’absence où les souvenirs seraient des usines d’âme, rescapées, solitaires et paisibles. Peut-être les traces abandonnées par l’être immense et lointain qui rêve en silence dans l’arrière-monde de Marion Tivital.
Christian Noorbergen



Marion Tivital

Factories have a mysterious presence.
They are immobile forces,silent and void, that have lost their usual function,
to become those giants that dwell ignored, in our landscapes.
For some, who watch them absently, they are ugly and artificial utensils lost in
nature.
However,over the years. and without anyone realizing. these hangers have become
part of the Horizon.
They sometimes aquire a real stability, rooted as they are ,in shadow, a
precarious compromise between earth and sky.
This balance between antagonisms gives us an impression of peace and temperace
The underlying force that occupies these shapes, the calm energy, the form of
their almost abstract strutures, fascinates me, and makes me wish to listen to
their solemn language.
From which emanates a sense of unity,of beauty, visible, and timeless.
Their geometrical surfaces confound the values that distinguish near and far,
where sky and earth come together.
In spite of the discrepancy of elements before our eyes,unused to seeing,
appears a space combining incertitude and geomety.
Seeing these relics of the world's glorious industrial past, I feel a strong
meloncoly, that evokes a sense of absence.
These sites, which have been deserted by man, but which still bear his traces, I
wish to make them felt in my painting.
would like my work to somehow absorb the invisible harmony of these sites, to
make visible their enigma, and penetrate further into their intimacy.
Beauty can be found in very unexpected places, and it is a joy to find in shadow
a gleam of light that shapes everything.
The industrial landscape is very different to what it may appear.
With the affection I have for these landscapes,usually seen as banal and
monotonous in the horizon, I would like to reveal them without their shroud.

 

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