Marie Javouhey


Née en 1945

Expositions
Semur-en-Auxois, Dijon, Strasbourg, Pont Aven, Berlin, Belfort, La Haye, Gand, Beaune, Tokyo, Montreux, Karlsruhe, Paris...

Exposition personnelle "Conseil régional de Bourgogne" 2003

Expose à la galerie depuis 1997

Les formes et les couleurs se concentrent souvent au milieu des tableaux, sans jamais envahir l'espace disponible. Bulles, losanges, filaments, s'agglutinent en essaims, en grappes en nuages se retirant des bords, abandonnés au calme recueillement d'une couleur lisse et dégradée. A cet égard les tableaux de Marie Javouhey sont des promesses de monde qu'on pressent, sans jamais les arraisonner: véritables espaces transitionnels, ils conduisent toujours plus loin dans des labyrinthes dont on ne touche jamais la fin.

Les peintures de Marie Javouhey dans le film de Pierre Jolivet " Je crois que je l'aime" avec Sandrine Bonnaire et Vincent Lindon...

Deux catalogues de Marie Javouhey (voir Editions)

Un art des équilibres

Maintes fois, j’ai constaté que la peinture de Marie Javouhey captait l’attention des personnes peu familières de l’art abstrait, parfois même réticentes à son égard. Un temps, j’ai cru à tort que ce pouvoir de séduction auprès des profanes et des sceptiques provenait de leur caractère subrepticement figuratif, de leur capacité à étonner l’œil du spectateur sans le désorienter au point de le priver de tout repère ou balise. En effet on ne peut s’empêcher d’identifier sous l’évidente abstraction des formes colorées, des fragments d’êtres et d’objets réels ou imaginaires appartenant à notre univers familier : ici, l’esquisse d’un dessin d’enfant, là, un corps stylisé d’animal ou de quelque chimère, là encore, les scories pétrifiées d’une comète évadée du cosmos ou l’élan incandescent d’une roche expulsée des entrailles de la terre… Je me trompais parce que toute peinture, aussi absolument abstraite soit-elle, conserve des liens non intentionnels avec l’univers de la figuration. Nous ne pouvons jamais totalement prendre congé du monde où s’écoule notre existence ordinaire. L’art abstrait nous en arrache, mais seulement par bribes et par intermittence, comme par surprise. Les œuvres de Kandinsky, par exemple, malgré leur abandon radical de l’univers, figuratif, évoquent des membres d’insectes, des débris de planètes, des lambeaux d’oriflammes, des pans d’édifices en équilibre improbable sur leurs angles acérés…
Je crois finalement que la singularité du talent de Marie Javouhey réside pour l’essentiel dans sa maîtrise subtilement harmonique des forces et des rythmes contrastés. Elle s’exprime dans cet alliage complexe et quasi alchimique de fantaisie onirique et de rigueur architectonique, de légèreté contenue et d’application distanciée, de lyrisme et de sobriété, d’audace et de pudeur, de rugosité et de tendresse. Sa peinture échappe aux excès émotifs et aux facilités anarchiques de l ‘ « abstraction lyrique ». Elle réfute également la raideur formelle et la froideur impersonnelle de l’ « abstraction géométrique ». La musicalité intimiste de ses camaïeux chromatiques, qu’interrompent ou enlacent de minces lianes et que déchirent des silex sombres ou éclatants, se tient à distance de toute complaisance narcissique, et la composition assurément ordonnée de ses volumes, lignes et plans n’est point désincarnée.
Fuyant le didactisme académique, d’une toile à l’autre et d’une exposition à l’autre, l’artiste trace discrètement mais résolument son chemin, sur lequel elle nous invite à la suivre pour partager ses convictions et ses hésitations, ses hardiesses et ses doutes, ses enthousiasmes et ses inquiétudes. On peut sans conteste discerner des périodes dans cet itinéraire, avec des inflexions, des bifurcations ténues, mais pas de rupture majeure, de brusques changements de direction, de soudains abandons ou de choix totalement impromptus. Une intuition première un instinct peut-être semble l’habiter et la guider. Non qu’elle ignore ou cherche à masquer ses influences, ses dettes et ses admirations, Paul Klee, notamment, mais elle butine ses modèles avec une telle liberté d’esprit et d’inspiration que l’originalité de sa création, loin d’être atténuée, s’en trouve au contraire rehaussée. L’œuvre se perpétue sans se répéter et se transforme sans s’oublier. Au fil des ans, la peinture s’est épurée, elle ne s’est pas pour autant apaisée. Elle offre plus que jamais ce mélange de jubilation et de gravité contrôlées qui fait son mystère et sa beauté.

Jean-Pierre Sylvestre
Professeur de sociologie à l’université de Bourgogne

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